Le bois caiman et le mois d’Août 1791
Article Numéro 4.34 Adultes et universitaires
Soumis par: MOF
Date: 2 décembre 2013
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La rencontre et la révolte unifiée des anciens esclaves, le 14 août 1791, leurs révoltes dans le Nord durant ce même mois, devaient se généraliser,  avoir des répercussions sur les affranchis,  et s’étendre partout sur l’île à partir du 22 août 1791.  Le récit des événements ci-dessous permettra de bien comprendre la progression du mouvement ainsi enclenché.

C’est dans la nuit du 14 août 1791  que se réunirent 200 représentants des ateliers coloniaux sur l’Habitation Lenormand de Mezy dans le Nord.  Un mulâtre présent donna lecture d’un soit disant décret où trois jours de repos serait accordé par semaine.  On décida alors que le 22 août 1791 serait un jour de revendication générale. Au jour dit, les esclaves de l’Acul du Nord donnèrent le signal avec à leur tête Jean-François et ses deux lieutenants Flaville et Boukman, devenu par la suite légendaire par son courage et sa destinée. En plaine nuit, les insurgés marchèrent sur le Cap avec 8.000 esclaves. Les blancs  s’en prirent aux libres de cette ville qu’ils crurent les auteurs de l’attaque organisée.  Tandis que Blanchelande faisait les troupes coloniales rispoter au Limbé, l’insurgé Jeannot poursuivait ses attaques contre le Cap.  Il s’emparait des canons du fort Bongars avec ses hommes.  Le militaire français Thouzard ripostait énergiquement mais déjà 220 sucreries et 600 caféières étaient livrées aux flammes.

Dans la même nuit du 22 août, dans la région de Ouanaminthe, Candy prenait les armes avec des insurgés, fanatiques des héros assassinés, Ogé et Chavannes.  Deux chefs de bande Odelucq et Daverhoult durent passés par la partie espagnole pour rejoindre les bandes révoltées du Nord. Ils furent malheureusement fait prisonniers au Camp Galifet et sciés entre deux planches.

Les colons royalistes blâmèrent  les idées révolutionnaires françaises pour ces révoltes d’esclaves et de libres.  Ils décidèrent alors de se détacher de la Métropole et souhaitèrent diriger eux-mêmes la colonie.  Le colon Cadush, dirigeant du mouvement des colons, proposa de demander les concours de l’Angleterre, de l’Espagne et des Etats-Unis pour avoir des fusils qui leur permettraient de combattre les libres et esclaves révoltés.  Ils ne purent obtenir que 500 fusils et 150 livres de balles.

La révolte des libres et des esclaves se propageait partout.  De jeunes colons ripostaient. De nombreux bataillons de révoltés étaient égorgés et pendus.  Au Cap, des échafauds étaient dressés partout.  Les insurgés faits prisonniers étaient pendus ou brûlés vifs.  Les révoltés qui, par hasard, se rendaient étaient étampés de la lettre R les identifiant comme révoltés.  L’insurgé Jean-François se donnait le titre trompeur de grand amiral de France et son assistant Biassou celui de vice-roi des pays conquis.  Pour impressionner leurs troupes, ils portaient des costumes colorés pleins de décorations dont ils avaient dépouillés les blancs vaincus, tout en usant de drapeaux portant des dessins africains.  Ils installaient une discipline sévère parmi leurs troupes de combattants et se montraient aussi fiers et cruels que n’avaient été leurs anciens maîtres. Biassou faisait croire à ses partisans que si ils mourraient dans les batailles, il iraient revivre dans leurs tribus en Afrique.  Les troupes étaient galvanisées et s’éparpillaient, du 14 au 22 août,  partout durant la nuit en poussant des cris lugubres.  Au fur et à mesure, les insurgés confisquaient de plus en plus d’armes et les tournaient contre  les blancs.  Mais bientôt les colons reprenaient le dessus, forçaient Jean-François et Biassou à prendre la fuite vers l’Est et faisait Boukman prisonnier, lui tranchaient la tête, l’exposaient sur une pique au centre de la place d’armes du Cap.

Candy, Jeannot, Jean-François et Biassou continuaient la lutte et usaient de procédés de plus en plus féroces pour intimider et faire peur aux blancs.  Quand Jeannot fut perdant, Jean-François l’exécuta  afin de s’assurer de la bravoure et allégeance des autres révoltés.  Les divers chefs insurgés bien que jaloux et rivalisant l’un l’autre s’unissaient.  Les blancs, eux, installaient des camps pour résister dans tous les cantons.  Les insurgés déterminés cependant se rendaient maître de nombreuses positions et leur envoyaient une lettre leur déclarant la guerre.  Les blancs ripostaient encore mais les révoltés étaient souvent victorieux.  Grisés par leurs prouesses cependant, les insurgés se réjouissaient et se faisaient surprendre et battre dans certains forts.  Ils prirent alors la fuite dans les montagnes pour continuer leurs attaques surprises et avoir gain de cause plus tard.

Entre temps, les affranchis s’agitaient.  Les blancs les pensaient complices des esclaves révoltés.  Ils les accusaient et en retour ces derniers menaçaient de prendre eux-mêmes les armes. Les blancs faisaient alors désarmer  ceux préalablement membres des troupes coloniales.  Ainsi dans l’Ouest, le 21 août, la veille de l’insurrection du Nord, dans la maison Rateau, non loin de Port-au-Prince, les libres nommaient le capitaine-général Bauvais qui avait combattu à Savannah leur colonel.  Ils allèrent camper à Diègue et envoyèrent partout des émissaires dans le Centre et le Sud pour donner de l’unité à l’insurrection.  Des chefs spontanés surgissaient dans ces régions : Cécile Fantiman, Antoine Chanlatte, Pinchinat, Daguin, Pierre Café, Marc Borno, Aubrant, Doyon, Tessier, Pétion, Labastille, Jean-Baptiste Boyer, Lambert.  Ils donnèrent la liberté à 300 esclaves, noirs et mulâtres, domestiques des colons.  Ils regroupèrent, du même coup,  plusieurs compagnies nommés les Suisses qui avaient préalablement été armés par leurs maîtres pour combattre les affranchis au combat de Pernier.  Ces équipes poursuivirent des combats de cavallerie jusqu’au 30 août et furent victorieuses sur l’habitation Nérette.  Ils menèrent sous le commandement de Gérin et Jourdain, des opérations jusqu’au Petit Trou dans la province du Sud, même au début de septembre.  La riposte des colons ne se fit pas attendre.  Mais les troupes révoltées avancèrent  jusqu’au Trou Caïman au bas du Morne à Cabrit.   Les blancs essayèrent d’abord de se rallier les affranchis insurgés en signant un concordat à Pernier et en les divisant des troupes esclaves qu’ils avaient libérés.  Mais l’unité devait se réinstaller bien longtemps après.  Ainsi,  après cette insurrection générale des esclaves et libres au mois d’août 1791,  résultat d’une révolte contre les douleurs et abus subis pendant des ans, les esclaves allaient continuer à se faire marrons et attaquer les habitations et villes à partir de leurs retranchements de campagne ou dans le cadre d’alliances rusées et temporaires établies avec des puissances coloniales voisines. Les affranchis, eux, allaient voir bientôt que l’alliance avec les blancs étaient fausses et sans avenir.  Ainsi donc,  le mois d’août 1691 déclencha chez les esclaves, les noirs et mulâtres libres de Saint-Domingue cette conscience contre les injustices des colons  et fut à base des longues luttes et de la longue guerre de 13 ans des esclaves et affranchis pour l’égalité, la liberté et l’indépendance de la Métropole et ses sujets.

Les révoltes d’août 1791 incluaient-elles uniquement des esclaves ou tous les indigènes à Saint-Domingue ?  Expliquez.

A partir de ces faits, pourquoi dit-on que l’insurrection fut généralisée ?  Combien de temps fallut il pour arriver à la victoire finale ?

Faites la liste des principaux chefs de bandes et des premières  troupes affranchis en 1791.

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